Séance plénière du CG. Arras
HOPITAL ARRAS le 20/06/05
Le Président, mes chers collègues.
Ce qui se passe, depuis quelques jours à ARRAS, est une caricature.
Caricature d’une déviance ultralibérale tant redoutée et tant dénoncée, il y a quelques jours encore, lors de la campagne électorale.
Caricature de la déréglementation et de la dérégulation de notre système sociétal avec disparition de la notion de puissance publique, de service public et d’intérêt commun.
Caricature, enfin, du mépris hautain qu’ont certains grands groupes financiers, vis-à-vis des décisions collégiales visant un aménagement sanitaire intelligent du territoire.
Pour ceux qui ne sont pas au courant de ce qui se passe à ARRAS, permettez que je résume les faits.
Depuis des années, l’Agence Régionale d’Hospitalisation, bras armé de l’état pour ce qui est des installations sanitaires, préconise la concertation et, si possible, une alliance et des projets communs, entre l’hospitalisation publique et l’hospitalisation privée. Cette démarche est compréhensible, louable et est basée sur le pragmatisme.
Partout, dans la région, les hôpitaux et les cliniques privées ont entamé des discussions et ont essayé de créer une dynamique collective. Mais, le temps passant, il s’avère que les dés sont, dés le départ bien, souvent pipés. 9 fois sur 10, l’hospitalisation privée ne voit pas l’intérêt et ne veut pas se compromettre avec l’hôpital public.
C’est ce qui s’est passé à ARRAS
C’est ce qui s’est passé à CALAIS
C’est ce qui se passera ailleurs.
Et très sincèrement, les autorités de l’Etat jouent, dans ces dossiers, bien souvent, un double jeu.
A Arras, la Générale de Santé est propriétaire d’une clinique, la Clinique BON SECOURS. Et les discussions, pour un projet commun, se faisaient à 3 : L’hôpital, la Générale de Santé et un troisième établissement, la clinique Sainte Catherine qui est indépendante.
La Générale de Santé a rompu les discussions et à décidé de construire, seule, un nouvelle clinique sur le terrain des Bonnettes.
Malgré cette défection prévisible, l’hôpital et la clinique Sainte Catherine ont élaboré, à 2, un projet de regroupement, les privés de la clinique acceptant de transférer leur matériel sur le campus de l’hôpital, où était créé un grand centre de diagnostic et de traitement du cancer.
Ce centre est nécessaire à ARRAS.
Ce centre est nécessaire à l’Artois.
Ce centre peut correspondre à l’un des objectifs du SROSS III, en cours d’élaboration.
Mais, bien entendu, une telle entente était contraire aux ambitions et aux intérêts de la Générale de Santé.
La demande de transfert de matériel a été déposée au CROSS et a été examinée le 4 Mai dernier. Et figurez vous que, paradoxalement, les 3 dossiers de transfert avaient reçu un avis négatif des services instructeurs de l’Etat
- Alors que c’était des dossiers intelligents
- Alors qu’on avait enfin trouvé un consensus entre le public et le privé.
- Alors que cela répondait exactement aux recommandations de l’ARH.
A cette réunion du 4 Mai, après quelques discussions et quelques interventions, et contre toute attente, la commission a donné un avis favorable au transfert sur le campus hospitalier. Mais, je tiens à préciser que tous les services de l’Etat ont voté contre, affichant ainsi, qu’ils voulaient privilégier les projets de la Générale de Santé.
Nous pensions le dossier gagné ; nous pensions la notion de service public sauvegardée ; nous pensions la mécanique enclenchée.
Hélas ! Nous étions, une fois de plus, très naïfs.
Pour éviter une alliance Hôpital- Clinique Sainte Catherine, la Générale de Santé a contacté les actionnaires de ST Catherine et leur a proposé de racheter l’établissement. Ce grand groupe, étant propriétaire des 2 cliniques, l’alliance public privé deviendrait, ipso facto impossible.
La Générale de Santé, ayant été battue par la décision du CROSS, elle contre attaque en mettant des millions d’Euros sur la table. Et de plus, si la Générale gagne cette bataille, elle pourra bénéficier, pour la construction de sa nouvelle clinique de 3 millions d’Euros donnés, généreusement par l’ARH, dans le cadre du plan HOPITAL 2007.
En résumé, dans le dossier arrageois, l’argent risque d’être plus fort que la défense des principes et que les décisions souveraines.
Alors, mes chers collègues, permettez moi de donner mon avis personnel.
J’ai honte.
J’ai honte de vivre dans une société où la médecine, la santé, la douleur et la mort sont devenues des valeurs, uniquement, marchandes.
J’ai honte de vivre dans une société où les termes « Bien être et santé » ont été remplacés par les termes « finances et profits ».
J’ai honte de vivre dans cette société où, sciemment, on procède au dépeçage de ce qui était l’un de nos fleurons sociétal : une médecine, certes coûteuse, mais accessible à tous, équitable et performante. Parce que tout le monde le sait, dans cette enceinte et ailleurs : le public et le privé ne font pas la même médecine. Pour les uns, c’est la santé des gens quels qu’ils soient ; pour les autres, c’est la rentabilité avant tout.
Ce qui se passe dans notre région, ne fait que refléter la philosophie générale qui tend à s’imposer partout dans le pays. Or c’est contraire à notre histoire ; c’est contraire à nos intérêts et c’est contraire à ce devoir de solidarité que nous avons tous, vis-à-vis de nos populations défavorisées.
Faut-il pour cela quitter les instances qui gèrent la politique sanitaire ?
Très sincèrement, je pense que NON :
Parce qu’il faut encore être présent pour rappeler ce qu’est l’égalité républicaine devant la santé.
Parce qu’il faut encore être actif pour essayer de préserver un véritable service public
Parce qu’il faut pouvoir dénoncer les profiteurs qui, sans vergogne et avec la bienveillance de certains, essayent de faire main basse sur la santé.
Permettez, pour en terminer, que j’en appelle :
Aux autorités de l’ETAT. Vous ne pouvez pas laisser perpétrer un tel hold-up. La collaboration public-privé, OUI ! l’hégémonie d’un privé, uniquement motivé par la rentabilité, NON !
J’en appelle au centre Hospitalier d’Arras et à tous les gens qui y travaillent, médecins et employés : continuez votre combat ; vous êtes dans la vérité.
Et j’en appelle, enfin, aux actionnaires de ST Catherine, qui sont des médecins :
N’oubliez pas pourquoi vous avez fait médecine.
N’oubliez pas pourquoi vous êtes devenu médecins.
N’oubliez pas que vous avez prêté le serment d’Hippocrate.
N’oubliez pas que la médecine n’est pas uniquement une boite à sous.
Ce qui fait la grandeur du métier de médecin, c’est l’abnégation, le dévouement et la solidarité.
Je sais que tout à l’heure, certains me diront que mon appel est vain, dans un monde qui, inéluctablement, va vers le chacun pour soi ; que notre société est, ainsi devenue, plaçant l’argent avant l’honnêteté, la droiture et les principes ; qu’il est démodé de jouer les DON QUICHOTTE ou les CYRANO et que ma colère est sans doute inutile….Mais comme il est écrit dans une des plus belles pages de notre littérature :
« Mesdames et Messieurs, c’est bien plus beau, lorsque c’est inutile. »
Hervé Poher